ReprésentationS
Accueil du site > Ressources pour le spectacle vivant > Un rapport se penche sur les ressources du spectacle vivant

Un rapport se penche sur les ressources du spectacle vivant

Entretien avec Emmanuel Wallon

dimanche 9 juillet 2006

Entretien paru dans la Lettre d’information du Ministère de la Culture et de la Communication, n° 138, juin 2006, p. 12-13, propos recueillis par Paul-Henri Doro et Nicole Gasser.

En réalisant un panorama complet des centres de ressources dans le secteur du spectacle vivant, le chercheur Emmanuel Wallon répondait à une commande du ministre de la culture qui voulait éviter que “ les centres de ressources n’agissent en ordre dispersé ”. Après la publication de son rapport sur le site du ministère, il revient sur les principaux enseignements de son étude.

Le recensement que vous avez effectué des centres de ressources dans le secteur du spectacle vivant en France a révélé plus de deux cents lieux. Vous attendiez-vous à cette profusion ?

Sachant la variété de ce qu’englobe la notion de spectacle vivant, il me paraissait logique que les ressources concernant le secteur soient, elles aussi, multiples et plastiques. Il fallait prendre en compte plusieurs notions : l’hétérogénéité des disciplines (musiques de tous styles, théâtre, danse, opéra, marionnettes, cirque, arts de la rue), le déploiement d’une offre territoriale, enfin la diversification des sources et des supports d’information. A côté des organismes qui assurent un rôle structurant dans un domaine défini, comme le Centre national du théâtre (CNT), le Centre national de la danse (CND), la Cité de la musique, Information et ressources pour les musiques actuelles (IRMA) et HorsLesMurs pour les arts de la rue et de la piste, eux-mêmes entourés de nombreux pôles de moindre importance, j’ai élargi ma recherche aux services documentaires dépendant des établissements d’enseignement (par exemple les bibliothèques des conservatoires) ou des collectivités territoriales (notamment les agences régionales pour le spectacle vivant et les associations départementales pour la musique et la danse). Au total, j’ai donc décrit plus de deux cents pôles d’information, de documentation et de conseil, selon la définition que je propose de la ressource immatérielle.

On découvre un paysage très contrasté.

Il existe une grande disparité de moyens entre des structures sous tutelle de l’Etat et des initiatives associatives. Mais la palette des spécialités couvertes (du conte au théâtre itinérant, de l’écriture dramatique à la composition contemporaine) est aussi ouverte que la gamme des publics visés (spectateurs, amateurs, élèves, étudiants et chercheurs, professionnels débutants ou confirmés) et des services offerts (renseignements, bibliographies, archives, guides et annuaires, publications, assistance juridique ou technique, formations). C’est un trésor de connaissances et de compétences qu’il convient de mieux valoriser. Il s’agit d’en tirer le meilleur parti, non pas en renforçant tel centre en particulier, mais en mettant ces ressources à la disposition de l’ensemble des usagers.

Justement, comment peut-on, selon vous, rationaliser la mise en œuvre et l’emploi de la ressource documentaire dans le spectacle vivant ?

“ La ” solution ne se trouve ni dans un centralisme tatillon ni dans la dispersion des efforts. Il faut favoriser la coordination et les partenariats afin de mettre en évidence la spécificité de chacun, tout en facilitant la tâche de l’utilisateur qui souhaite vite accéder aux renseignements ou aux références dont il a besoin. On l’aura compris : il s’agit d’intensifier les échanges de données et de répartir les tâches d’intérêt général. A la mise en réseau des centres de ressources au sein d’une discipline ou à l’échelle des régions s’ajouterait donc la mutualisation de certaines de leurs fonctions pour l’ensemble du spectacle vivant. Pour ce faire, je préconise la création d’une instance permanente de coopération à laquelle la direction de la musique, de la danse, du théâtre et des spectacles serait étroitement associée. Son but ? Adopter et encadrer des programmes concertés, dans le respect de l’autonomie de chacun : conduire à plusieurs des inventaires d’archives et de fonds (comme le Centre national des variétés et le Hall de la chanson ont commencé à le faire), orienter le grand public en lui indiquant les gisements de ressources et les lieux d’information, fournir aux bibliothèques de proximité (municipales, scolaires, universitaires, spécialisées) des bibliographies et publications adaptées, mettre au point des instruments et des services communs - en particulier pour le conseil (juridique, administratif, fiscal, technique) aux compagnies et l’assistance individuelle aux professionnels.

Est-ce que l’Internet et, de manière générale, la révolution numérique, ne permettent pas de réaliser cette mise en réseau ?

La numérisation permet de préserver des œuvres et de combiner des données de diverses natures (texte, son, image). L’Internet autorise leur circulation fluide et rapide. C’est donc une double mutation qui impose d’inventer de nouveaux outils et de nouveaux usages. Dans ce champ comme dans les autres, les têtes de réseaux que sont les cinq principaux centres énumérés tout à l’heure doivent développer une vision prospective et stratégique de l’accès à l’information.

Quelles réalisations concrètes envisagez-vous pour cette mise en réseau ?

Cinq grands chantiers réclament l’impulsion de l’Etat.

D’abord, il devient urgent de constituer un appareil statistique qui procure sur le secteur des chiffres fiables et des indicateurs réguliers. Comment ? En prélevant davantage de données à la source (subventions aux équipes et aux structures, contrats de cession, recettes de billetterie et redevances sur les spectacles, versements de droits d’auteur, etc).

Deuxièmement, l’aménagement du droit d’auteur à l’heure de la numérisation - dans le strict respect du droit moral mais aussi en fonction des impératifs de service public des bibliothèques et documentations liées à l’enseignement ou à la recherche - doit être assuré dans le cadre des directives européennes.

Troisièmement, il faut renforcer l’information du grand public à partir d’un socle commun de ressources documentaires.

Quatrièmement, il s’agit de réaliser l’inventaire du patrimoine du spectacle vivant, et d’abord la cartographie de ses ressources matérielles et immatérielles, avec l’appui des institutions compétentes (Archives nationales, BnF, INA, musées nationaux...).

Enfin, il importe de développer l’offre de formation continue, en songeant aux attentes des artistes, des techniciens et des interprètes en matière de qualification ou de reconversion, mais aussi de validation des acquis de l’expérience. Sur ces cinq dossiers les centres de ressources paraissent prêts à se mobiliser avec leurs partenaires, si on les y invite.

Le rapport d’Emmanuel Wallon, Sources et ressources du spectacle vivant est en ligne sur www.culture.gouv.fr (rubrique Actualités/Rapports)

P.-S.

SOURCES ET RESSOURCES POUR LE SPECTACLE VIVANT

Ce rapport a plusieurs portes d’accès. Avec une analyse très fine et diversifiée de la situation des centres de ressources dans le spectacle vivant, il frappe, d’abord, par la précision et la richesse de son information. Des grands établissements parisiens à de modestes documentations en région, chaque organisme trouve grâce à ses yeux et il en montre l’intérêt. A partir de cette étude, il livre également ses préconisations pour améliorer la situation d’ensemble de la ressource documentaire dans le spectacle vivant. Mais, en dehors de ce dossier administratif et méthodologique très argumenté, l’étude comprend d’autres richesses qu’il serait coupable de ne pas mentionner. Qu’on en juge : une base de données sur cinquante centres et pôles de ressources, un répertoire de plus de deux cents organismes cités, des tableaux comparatifs entre cinquante centres de ressources, une bibliographie générale, la liste de leurs publications récentes et un annuaire des sites Internet.

Lettre d’information du Ministère de la Culture et de la Communication, n° 138, juin 2006, p. 13

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0