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Colloque

Syrie, résiliences et regards croisés sur l’engagement citoyen

19 et 20 novembre 2015 à Paris

jeudi 29 octobre 2015, par EW

Deux associations membres du Collectif de développement et de secours syrien (CODSSY), Syrie MDL et Ila Souria, organisent un colloque sur l’engagement citoyen, les 19 et 20 novembre 2015 à Paris. Le collectif CODSSY et ses activités seront également présentés dans la deuxième journée.

Lieu du colloque : Bâtiment Le France, 190 avenue de France, 75013 Paris. 6ème étage, Noyau A, salles 638, 640 et 641.

La « société civile » est le premier acteur humanitaire en Syrie. Au-delà des chiffres et des objectifs fixés par les organismes internationaux, les personnes engagées dans l’aide à leurs concitoyens subissent, tout autant que les victimes qu’elles tentent de secourir, la guerre et les conséquences d’un conflit ravageur qui dure depuis presque cinq ans.

Ce colloque s’intéresse précisément aux civils engagés sur le terrain. Il tentera, dans un premier temps, d’aborder la question psychologique, rarement débattue, la problématique de la résilience, du déni, de la « fatigue de la compassion »… en croisant l’expérience syrienne avec celles d’autres zones de conflit telles que la Bosnie-Herzégovine ou le Rwanda.

Durant la deuxième journée, nous entrerons au cœur de l’engagement citoyen en Syrie, pour en questionner le sens politique devant l’ampleur de la crise humanitaire et des développements géopolitiques. Nous verrons quel rôle tiennent les ONG et associations, leurs difficultés et les limites de l’action classique. Nous partagerons enfin les témoignages et les expériences de personnes qui ont tenté d’apporter leur aide dans des conditions extrêmes.

Session 1 : « Psychologie : Comment faire face aux traumatismes et se reconstruire ? »

Session 2 : « Expériences de reconstructions à travers des projets psychologiques et éducatifs »
- Table-ronde #1 : « Rwanda, réconciliations ? »
- Table-ronde #2 : « Bosnie-Herzégovine, vingt ans après : plaies de guerre et chantiers de paix ».

Session 3 : « Du militantisme politique à l’action humanitaire : rapprochements et frontières »

Session 4 : « Rôle des ONG : Limites de l’action humanitaire en Syrie »

Session 5 : « Expériences de terrain : inventer la résilience dans les zones difficiles »

PROGRAMME

Jeudi 19 novembre

9h30-10h00 – Accueil des participants

10h00-12h30 – Session 1

« Psychologie : Comment faire face aux traumatismes et se reconstruire ? »
- Modératrice : Lise Noël, intervenante sociale, Centre Saint-Pierre, Montréal
- Intervenants : Michel Grappe, psychiatre ; un représentant du Centre Primo Levi.

La population, premier acteur humanitaire en Syrie, fait face à de nombreux défis. Parmi ceux-ci, le suivi psychologique est souvent relégué au second plan. Comment accompagner et soutenir, dans un contexte de vie marquée par la guerre et un conflit ravageur, les personnes (adultes et enfants), les collectivités et les citoyens engagés dans l’aide aux victimes ?Comment parler de ce qui jamais ne se dit ? Faire le récit, donner un sens aux souffrances, comprendre ? Les personnes blessées sont contraintes à la métamorphose. Comment résiste-t-on à la souffrance, à la sienne, celle de ses proches, celle de son peuple ? Au cœur de ce questionnement, entre autres, la résilience, le déni, le deuil, le syndrome du survivant, la "fatigue de compassion" pour comprendre et trouver une ouverture, un possible pour ne pas sombrer et surtout s’enliser dans les jeux psychologiques. Cette table ronde propose une conversation, une amorce de réflexion autour de ces éléments.

12h30 – 14h00 – Pause déjeuner

14h00 – 19h30 – Session 2

« Expériences de reconstructions à travers des projets psychologiques et éducatifs »

14h00 – 16h30 : Table-ronde #1 : « Rwanda, réconciliations ? »
- Modératrice : Julienne Mukabucyana, chargée de santé publique, spécialisée en gestion des conflits.
- Intervenants : Honorine Uwababyeyi, psychologue de formation et fondatrice de l’association de réconciliation « Hope & Peace Foundation » au Rwanda ; Benoît Guillou, journaliste et docteur en sociologie.

Dans le cas du Rwanda, que signifie la réconciliation ? Et quelle relation a-t-elle avec le pardon ?Bien que la réconciliation nous renvoie systématiquement à la notion de « pardon », peut-on imaginer un lien qui surmonte la déchirure sociale autre que celui du pardon, puisque ce dernier est un choix individuel qui ne peut être imposé ? Dans un contexte de violence de masse, où les participants aux atrocités et leurs victimes sont compatriotes, à partir de quel moment peut-on parler de la réconciliation nationale ? Quelles conditions sociales et économiques offrir dans un processus de réconciliation ? Lorsque les « personnalités collectives » se cristallisent autour de la binarité : bourreaux et victimes, et sachant que des individus s’identifient, de plus en plus, par leurs personnalités collectives ; comment ces individus pourraient avancer sur une voie de réconciliation, sans qu’ils se sentent systématiquement en train de trahir leurs personnalités collectives, surtout lorsque le crime est perçu comme un acte contre celles-ci ? Comment ces personnalités collectives pourraient jouer un rôle dans la convergence et non pas dans la divergence du tissu social déchiré ? Dans les situations de violence mutuelle, où une extrême violence persistante génère une autre violence, comment travailler sur cette double déchirure où les sentiments de souffrance ne sont pas exclusifs pour une personnalité collective particulière ? Lors de cette table ronde, nous poserons ces questions autour de l’expérience du Rwanda qui a subi un génocide en 1994 ; pendant lequel environ un million de personnes ont péri, en trois mois, laissant un pays dévasté.

16h30-17h00 – Pause

17h00- 19h30 : Table-ronde #2 : « Bosnie-Herzégovine, vingt ans après : plaies de guerre et chantiers de paix »
- Modérateur : Emmanuel Wallon, professeur de sociologie politique à l’Université Paris Ouest Nanterre.
- Intervenants : Jovan Divjak, directeur exécutif de l’Association Education Builds B&H (« Construire la Bosnie par l’éducation ») ; Nermina Trbonja, animatrice des Plénums de citoyens de Sarajevo ; Bernard Dreano, président du Helsinki Citizen’s Assembly France (HCA).

De toute l’Europe, les chefs d’État et de gouvernement ont afflué à Sarajevo en juin 2014 pour commémorer le centenaire de la Première Guerre mondiale sur les lieux qui en virent le déclenchement. Les appels à la paix entre les peuples et à la concorde entre les nations ont aussi résonné lors d’un forum international convoqué par des organisations non gouvernementales, du 4 au 9 juin 2014 (Sarajevo Peace Event). Ils ont retenti de nouveau en juillet 2015, pour marquer le vingtième anniversaire des massacres de Srebrenica, perpétrés par les milices serbes au nom de la « purification ethnique ». Les incidents qui ont entaché cet événement ont cependant rappelé au monde que la Bosnie-Herzégovine reste profondément divisée, et ses populations meurtries par les épreuves de la guerre. Les accords de Dayton (signés le 14 décembre 1995) ont entériné la partition du pays en entités définies sur des bases ethniques et confessionnelles, au détriment des nombreux réfugiés. Si les façades des centres urbains ont fait peau neuve, les investissements s’arrêtent à la sortie des grandes villes, l’activité économique demeure faible et le chômage endémique. Contestant l’immobilisme de politiciens nationalistes et souvent corrompus, de nombreuses initiatives surgissent pourtant de la société civile pour tracer des perspectives d’espoir, à l’image de ces plénums de citoyens qui ont pris le relais des manifestations de l’hiver 2014 à Sarajevo et Tuzla, ou encore des associations qui promeuvent le rôle de l’éducation et de la création artistique dans le développement d’une culture de paix. Pour toutes ces raisons, l’expérience de la Bosnie-Herzégovine doit être examinée par quiconque souhaite favoriser les processus de reconstruction et de réconciliation dans les pays en proie à la guerre.

Vendredi 20 novembre

9h30-12h00 – Session 3

« Du militantisme politique à l’action humanitaire : rapprochements et frontières »
- Modératrice : Hala Kodmani, journaliste.
- Intervenants : Sofia Amara, journaliste ; Jean-Pierre Filiu, historien, professeur à Sciences Po Paris ; Ziad Majed, politologue, professeur, Université américaine à Paris.

« Aider ses concitoyens » est devenu pour un nombre croissant de Syriens une nouvelle forme de résistance. En l’absence de solution politique imminente et avec l’aggravation de la crise humanitaire, beaucoup de manifestants descendus dans la rue en 2011 ont progressivement pris le chemin de l’action humanitaire malgré les risques qu’ils encourent : aide aux populations déplacées, documentation des violations, construction d’écoles, secours aux blessés... Malgré le manque d’expérience et de moyens, beaucoup de projets et d’initiatives salutaires ont vu le jour et montrent une réelle volonté de construire la Syrie de demain. Dans cette table ronde, nous essayerons de comprendre ce que signifie l’engagement citoyen dans un pays comme la Syrie. Les acteurs humanitaires sont-ils visés de la même manière que les militants politiques ? De quelle marge de manœuvre disposent-ils ? A quels dangers font-ils face ? L’action humanitaire est-elle aussi une réponse politique à la répression et un moyen d’émancipation personnel ? Autant de questions sur lesquelles les universitaires, journalistes et spécialistes de cette région tenteront d’apporter leur éclairage.

12h00 – 13h30 – Pause déjeuner

13h30- 15h30 – Session 4

« Rôle des ONG : Limites de l’action humanitaire en Syrie »
- Modératrice : Racha Abazied, secrétaire générale du Collectif de développement et de secours syrien (CODSSY).
- Intervenants : Eléonore Fallot, chargée de mission pour le CCFD- Terre Solidaire Franck Carrey, président de l’association Medina Mathieu Routier, chargé des programmes pour le Réseau européen des droits de l’Homme (Euromed).

Avec les invités de ce débat, nous souhaitons questionner les difficultés de l’action classique des ONG et des associations impliquées sur le terrain en Syrie, ou dans les pays limitrophes. Jusqu’où peut-on aller dans le soutien aux initiatives humanitaires et comment maintenir des projets lorsque l’action sur le terrain est empêchée pour des raisons sécuritaires ? Comment protéger les acteurs humanitaires engagés ? Quels obstacles les ONG rencontrent-elles dans leur travail en Syrie : liens avec les autorités, confidentialités des données, communication... Comment contournent-elles ces difficultés ? Adopte-t-on des procédures et des méthodes particulières pour le travail en Syrie ? Les chargés de projets bénéficient-ils d’appuis particuliers de la part de leurs propres institutions : suivi psychologique, soutien logistique supplémentaire ?

15h30-16h00 – Pause

16h00 – 19h00 – Session 5

« Expériences de terrain : inventer la résilience dans les zones difficiles » (Session en langue arabe, avec traduction simultanée en français)
- Modératrice : Nisrine Al Zhare, enseignante à l’université Paris 8
- Intervenants : Houda Atassi, représentante de l’ONG International Humanitarian Relief, travaillant dans le camp d’Ersal au Liban ; Majd Al Dik, acteur humanitaire de la ville assiégée de Douma (près de Damas) ; Khalel Khalel, professeur syro-palestinien ayant organisé l’aide dans le camp Yarmouk.

« L’espoir, les idées communes fédératrices, la représentation d’une société future, voilà ce qui nous aidait à tenir. À partir du moment où l’espoir semblait très loin, on a commencé à chercher le salut individuel, tu sais dans la résilience il y a une dimension identitaire aussi (...) ». Ce sont les mots de l’un des intervenants décrivant son engagement d’après son vécu personnel. Entre espoir et désespoir, nous tenterons de questionner la société réinventée sous le siège. Que signifie le mot « solidarité » dans des situations extrêmes telle que la famine, la vie sous les barils explosifs ou les attaques chimiques ? L’engagement citoyen s’affaiblit-il dans des conditions pareilles, ou au contraire, se solidifie-t-il en devenant un besoin vital de survie collective ? Qu’est ce qui distingue celui qui résiste loin du terrain, de celui qui reçoit « les coups », sous le siège et subit les pénuries et la famine ? Lors de cette table-ronde, nous partagerons les expériences et les implications d’ordre psychique et social de personnes ayant vécu et travaillé dans des conditions extrêmes. Venant d’horizons différents, les intervenants se rejoignent tous par leur engagement dans différents domaines d’aide à la population.

19h00-19h30 – Conclusions du colloque

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