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Collectif

Nouvel appel d’Avignon à la solidarité avec le peuple syrien

Tribune parue dans Libération, "Rebonds", 18 juillet 2012, p. 19.

mercredi 18 juillet 2012, par EW

Artistes, universitaires, spectateurs, citoyens, il y a un an déjà, nous lancions d’Avignon un appel à la solidarité avec le peuple syrien levé pour la conquête de ses libertés [1]. Depuis lors ses souffrances n’ont fait qu’empirer. En douze mois le macabre bilan de la répression a presque décuplé. En guerre contre sa propre société, Bachar Al-Assad s’est affranchi de toute limite. Chaque jour il lance l’armée et ses milices à l’assaut des foules, fait pilonner des villes, raser des quartiers, martyriser des villages, massacrer des familles en s’acharnant sur les enfants et jeter en prison des centaines d’innocents systématiquement soumis à la torture. Par dizaines de milliers les réfugiés cherchent un abri aux portes de la Turquie, du Liban, de la Jordanie et de l’Irak, dont les équilibres sont menacés.

Durant tout ce temps la communauté internationale a donné le spectacle de sa passivité, malgré les efforts de la France et d’autres pays « amis du peuple syrien ». Les résolutions 2042 et 2043 du Conseil de sécurité, dépourvues de contraintes envers le pouvoir en place, traitent sur un même plan les différentes « parties », comme s’il s’agissait de partager les torts entre des assassins équipés de chars et d’hélicoptères, d’une part, leurs victimes et les déserteurs qui tentent de les défendre avec des moyens de fortune, d’autre part. Conçu sur de telles bases, le Plan Annan a connu l’échec qu’illustre l’impuissance de ses observateurs. Les flatteries envers Moscou, qui cherche à monnayer sa capacité de blocage au prix fort, la complaisance vis à vis de Pékin, que l’on sait imperméable aux aspirations démocratiques, l’immixtion dans les négociations de Téhéran, dont le président est le plus fidèle soutien du dictateur, font partie du problème, pas des solutions.

Pour faire progresser la « responsabilité de protéger » proclamée par les conventions internationales, il faut exercer une pression accrue sur ces capitales, afin qu’elles réalisent qu’il est grand temps pour elles de lâcher des dirigeants dont les actes barbares les condamnent devant l’histoire et les mènent à leur perte à plus ou moins brève échéance. La diplomatie retrouvera sa noblesse si, au lieu de courir après l’accord du criminel qu’il s’agit d’empêcher de nuire, elle obtient son départ avant que l’ensemble de la région ne bascule dans le chaos.

Il s’agit avant tout de défendre les civils. L’escalade militaire ne sera évitée que par une résolution, adoptée sous le chapitre VII de la charte des Nations Unies, étendant et durcissant les sanctions économiques et financières en sorte de ne laisser aucun échappatoire aux membres du clan Al-Assad, ainsi qu’aux entreprises, banques et institutions qui servent leurs intérêts. Un semblable texte doit en outre imposer un embargo immédiat sur toutes les livraisons d’armes au régime, saisir la Cour pénale internationale pour juger les crimes contre l’humanité, permettre l’ouverture de corridors humanitaires aux frontières, garantir l’accès des secouristes aux grandes villes où se pressent des masses d’exilés. Sans attendre son vote et son application, l’Union européenne et la Ligue arabe doivent apporter une aide matérielle et financière aux opposants, qui ont notamment besoin d’outils de communication sûrs et mobiles.

Les Syriens appellent au secours. Les citoyens du monde, dont le Festival d’Avignon reflète les espoirs et les rêves, s’impliquent dans le devoir d’assistance à peuple en danger. Ils l’exercent en se mobilisant pour rappeler leurs gouvernements à cette obligation, aussi impérieuse qu’urgente.

Avignon, le 16 juillet 2012.

Premiers signataires :

- Hortense ARCHAMBAULT et Vincent BAUDRILLER, directeurs du Festival d’Avignon
- Marcel BOZONNET, ancien administrateur de la Comédie-Française.
- Emmanuel WALLON, professeur à l’Université Paris Ouest Nanterre
- Ariane MNOUCHKINE, directrice du Théâtre du Soleil
- Jack RALITE, ancien ministre
- Jean-Michel RIBES, directeur du Théâtre du Rond-Point
- Bernard FAIVRE D’ARCIER, ancien directeur du Festival d’Avignon
- Sophie CALLE, artiste plasticienne
- Simon McBurney, metteur en scène
- Jane BIRKIN, comédienne, chanteuse
- Denis PODALYDES, sociétaire de la Comédie-Française
- Laure ADLER, productrice à Radio France
- Jean-Louis HOURDIN, metteur en scène
- François TANGUY, metteur en scène, Théâtre du Radeau
- Darina AL-JOUNDI, comédienne et auteure
- Farouk MARDAM-BEY, écrivain et éditeur
- Marie-Agnès SEVESTRE, directrice du Festival des Francophonies en Limousin
- Emmanuel DEMARCY-MOTA, directeur du Théâtre de la Ville et du Festival d’Automne
- Michel DIDYM, directeur du Centre dramatique national de Lorraine
- Jean-François PERRIER, comédien
- Nicolas BOUCHAUD, comédien
- Olivier PY, auteur et metteur en scène
- Catherine MARNAS, metteuse en scène
- Robert CANTARELLA, metteur en scène
- Stuart SEIDE, metteur en scène, directeur du Théâtre du Nord
- Robin RENUCCI, directeur des Tréteaux de France
- Stanislas NORDEY, metteur en scène
- Catherine BOSKOWITZ, metteuse en scène
- Christian SCHIARETTI, directeur du Théâtre national populaire à Villeurbanne
- Emmanuel ETHIS, sociologue, président de l’Université d’Avignon
- Jean-Marc ADOLPHE, directeur de la revue Mouvement
- Judith DEPAULE, directrice de la compagnie Mabel Octobre
- Philippe GIRARD, comédien
- Judith HENRY, comédienne
- Éric VIGNER, directeur du Centre dramatique national de Lorient
- Jean-François SIVADIER, metteur en scène
- Jean-François MATIGNON, metteur en scène,
- Renaud-Marie LEBLANC, directeur de la compagnie Didascalies
- Blandine SAVETIER, directrice de compagnie
- Jacques TEPHANY, directeur de la Maison Jean Vilar
- Gérard LAUTON, Université Paris-Est Créteil, syndicaliste
- Jean-François MARGUERIN, directeur du Centre national des arts du cirque
- Thierry PARIENTE, directeur de l’Ecole nationale supérieure des arts et techniques du théâtre, Lyon
- Ludovic LAGARDE, directeur du Centre dramatique national de Reims
- Jean BOILLOT, directeur du Centre dramatique national de Thionville-Lorraine
- David LESCOT, metteur en scène
- Hubert COLAS, auteur et metteur en scène
- José-Manuel GONÇALVÈS, directeur du Centquatre à Paris
- Gilbert FILLINGER, directeur de la Maison de la culture d’Amiens
- Michel FOURNIER, inspecteur au ministère de la Culture
- Armelle HÉLIOT, critique dramatique au Figaro
- Valérie BARAN, Directrice du Tarmac, scène internationale francophone
- Agnès TROLY, conseillère artistique
- Jean-François PUJOL, Marc SLYPER, Denis FOUQUERAI, Angelina BARTH, Syndicat français des artistes CGT
- Judith ERTEL, professeure de lettres
- Fanny OUTEIRO, comédienne
- Rebecca MARDER, comédienne
- Corinne MOREAU, chargée de communication
- Désirée FARAOUN, attachée de presse
- Clémence HÉROUT, Théâtre des Idées au Festival d’Avignon
- Habib ABSULRAB, professeur des universités, écrivain.

P.-S.

- Lire cette tribune en ligne sur le site de Libération.

- Signer cet appel sur le site Pétition en ligne.

- Voir l’article de Pierre Hivernat, "Avignon s’engage au côté du peuple syrien" et les photos d’Agnès Mellon sur le site Liberation.fr (mis en ligne le 16 juillet 2012).

- Visionner les vidéos de la conférence de presse du Festival d’Avignon au Cloître Saint-Louis le 16 juillet 2012 et de la manifestation du même jour devant le Palais des Papes d’Avignon sur le site de l’association Souria Houria.

Portfolio

Avignon-16juillet2012

Notes

[1] Appel du 20 juillet 2011, paru dans Le Monde du 26 juillet 2011 et sur le site LeMonde.fr.

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